Elections bloquees en République tchèque
Prague, juin 2006 - Les Tchèques sont allés voter vendredi et samedi derniers pour renouveler leur Parlement. Pendant toute la durée de la campagne électorale les deux leaders des principaux partis ont exposé leurs projets mais n'ont pas perdu une occasion de s'invectiver. C'est finalement le parti démocratique civique (ODS) qui a remporté les suffrages et, de fait, mis fin aux huit ans de pouvoir social-démocrate

Jiří Paroubek, le Premier ministre sortant et chef du parti social-démocrate (ČSSD), se félicitait des bons résultats obtenus pendant son arrivée au pouvoir. Plus de 6% de croissance en 2005, des exportations à la hausse, une baisse du déficit public et un recul du chômage sous la barre des 8,5%. Celui que les Tchèques surnomment "le bulldozer" avait fièrement déclaré "montrez-moi un Etat, en Europe, qui fasse aussi bien!".
De son côté, Mirek Topolánek, chef du parti démocratique civique (ODS) et proche du Président Václav Klaus, a exposé ses projets. Il prévoit un taux d'imposition unique d'environ 15%, une relance des privatisations ainsi qu'une réforme des cotisations sociales et des retraites. Il a mené sa campagne avec comme slogan "changement et espoir", ce qui lui a visiblement porté chance malgré ses attaques contre Jiří Paroubek.
Pour faire face au "bulldozer", Mirek Topolánek n'a pas hésité à accuser son rival de pactiser avec la Mafia et d'être à la tête d'un gouvernement corrompu. Fort de ces accusations, Jiří Paroubek n'a pas perdu une occasion de traiter le chef de l'ODS d'incompétent et son parti d'user de "méthodes putchistes". Une campagne houleuse qui n'aura pas manqué de décourager la population et de gonfler le taux d'abstention.
Pour l'heure, l'ODS semble donc être élu avec 35,38% des suffrages. Le parti dispose aujourd'hui de 81 des 200 sièges au sein de la chambre des députés. L'écart est pour le moins ténu avec le Parti social-démocrate du Premier ministre Jiří Paroubek puisqu'il a obtenu 32,32% des voix, et 74 sièges. L'ODS n'ayant pas conquis la majorité des sièges, une alliance avec d'autres candidats s'est avérée indispensable. Pourtant l'ODS ne parvient pas à former une majorité avec les Chrétiens démocrates (7,22% et 13 sièges) et les Verts (6,29% et 6 sièges). Pas plus que les sociaux-démocrates additionnés aux communistes (12,81% et 26 sièges). Le politologue Jiří Pehe a déclaré que "le blocage est complet. Toutes les portes sont fermées, sauf une" à savoir qu'une "grande coalition était la seule solution pour un gouvernement stable".
Marion Gamot
Photo: www.ap.org


