La catastrophe de Tchernobyl a 20 ans
Prague, mai 2006 - Malgré les années, les blessures n'arrivent pas à se refermer. A Slavoutitch, petite ville située à quelques kilomètres de la centrale nucléaire, des anonymes se sont rassemblés pour se souvenir des victimes. Viktor Louchtchenko a rendu hommage aux Liquidateurs grâce à qui la matière radioactive a pu être relativement contenue. Des milliers de personnes souffrent encore des effets des radiations, plusieurs milliers d'hectares de terre sont contaminés. La réalité de cette pollution invisible qui continue de contaminer tout ce qu'elle touche, semble contredire le bilan officiel de l'ONU

Quelques 350 000 personnes ont été évacuées et 784 320 hectares de terres agricoles ont été interdits à la culture. Des villages entiers ont été évacués et dévastés par les autorités de l'époque qui détruisaient les toits pour que les habitants ne reviennent pas. Mais cela n'empêche pas plusieurs milliers de personnes de vivre encore dans des régions hautement irradiées. Alors que le taux de becquerels par kilo dans un corps humain devrait être nul, il atteint 170 chez certains enfants de Biélorussie. Des traitements à base de pectine de pomme ont déjà fait leurs preuves mais restent encore trop confidentiels surtout compte tenu du fait que la population continue de consommer des champignons, des baies sauvages, du lait etc impropres à la consommation. Mais les solutions sont limitées lorsque l'on ne peut vivre que de ce qu'offre la nature, même polluée.
Dans la nuit de ce 26 avril 2006, des centaines de personnes, une bougie à la main, se sont tues ne laissant entendre que les sirènes et le son des cloches brisant un lourd silence. Trente personnes sont mortes dans l'année qui suivie la catastrophe. Un monument en leur hommage a été érigé dans la ville. Mykola Riabouchkine, ancien technicien de Tchernobyl, s'est recueillit à son pied cette nuit du 20ème anniversaire. Les joues mouillées de larmes douloureuses, il se souvient qu'il était de service la nuit de l'explosion. Envahi par la culpabilité, il regarde les portraits des victimes et explique qu'il a "envie de leur demander pardon [...] peut-être que nous sommes tous coupables d'avoir laissé l'accident se produire".
Aujourd'hui, le bilan officiel de l'ONU s'élève à 4000 décès avérés ou à venir en Ukraine, Bélarus et Russie aux suites de cancers. Pour Michael Repacholi, l'un des auteurs du rapport "les effets sanitaires de l'accident étaient potentiellement catastrophiques, mais une fois que vous les additionnez en vous basant sur des conclusions scientifiques (...), ils n'ont pas été aussi forts que l'on pouvait le craindre initialement". L'organisation écologique Greenpeace estime de son côté que cette étude est "insultante pour les victimes" et déclare que sur les 2 milliards de personnes touchées par les retombées radioactives, 270 000 auront un cancer et 93 000 décèderont des suites de la maladie.
Le président ukrainien Viktor Louchtchenko a rendu hommage à ceux que l'on appelait les Liquidateurs, ces 600 000 pompiers, soldats et civils, chargés de "nettoyer" la centrale après l'explosion du réacteur n°4. Il a décoré les quelques survivants, héros des temps modernes qui avaient construit un sarcophage censé tenir 20 à 30 ans au-dessus du réacteur endommagé. Mais aujourd'hui ce sarcophage présente déjà de nombreuses fissures et menace de s'effondrer. Afin d'éviter une nouvelle catastrophe, une arche hermétique sera construite. Son coût dépassera le milliard de dollars, d'après la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement (BERD).
Alors que certains parlent déjà de tourisme, d'organiser des séjours et des visites de Tchernobyl, de nombreuses questions restent en suspens. Personne ne connaît les retombées sanitaires de cette catastrophe sur le long terme. Quant au stockage définitif de tonnes de déchets radioactifs emprisonnés dans les décombres, Loulia Maroussitch porte-parole de la centrale, explique que ce "n'est même pas à l'ordre du jour". Pour elle, Tchernobyl est toujours aussi dangereuse car la zone ne sera pas sécurisée "avant un siècle au moins après la construction de l'arche".
Photo: www.reuters.com


