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Le sang bleu du coeur de l'Europe

L'aristocratie a pendant longtemps dirigé et guidé le destin des hommes, des pays et des Etats. Classe dominatrice, elle resta souvent glorifiée sans être critiquée. Cependant, le 19ème siècle fit perdre à la noblesse tchèque, ses privilèges politiques, la première République ses titres et son renom et au communisme ses biens et sa fortune.Texte: Guillaume Narget.


(photo: Gérard Gratadour)

Jusqu'au début du 14ème siècle et l'accession des Luxembourg au trône de Bohême (1310), la noblesse fait figure de composante principale dans les décisions de l'Etat. Sous le règne des Luxembourg le fossé entre les riches seigneurs et la noblesse plus modeste s'élargit, ce qui explique qu'une partie de cette dernière se rallie à la cause de la Révolution hussite pendant la première moitié du 15ème siècle. Les familles se retrouvent alors souvent divisées: alors qu'un membre se convertit et se bat pour la cause hussiste, un autre, lui, reste fidèle au roi et au catholicisme.

Au cours des 17ème et 18ème siècles, la politique de centralisation de Vienne, l'arrivée dans le pays de nouvelles familles et l'idée que la langue tchèque est perçue comme celle des "contestataires" font que la connaissance et l'utilisation du tchèque s'amenuisent chez les nobles. Le tchèque est considéré comme la langue du peuple asservi et même s'il serait exagéré d'affirmer qu'il en était ainsi dans toutes les familles, il convient toutefois de préciser que les spécialistes aristocratiques de la langue tchèque étaient alors plutôt considérés comme des curiosités.

Dans la seconde partie du 19ème siècle la noblesse perd son monopole sur la richesse aux dépens des patrons industriels. Mais remettre en cause l'idée même de monarchie était tellement impensable que les nouveaux riches ne recherchaient pas leur propre identité, mais s'efforçaient au contraire à s'intégrer à la noblesse. Et si l'achat d'un titre de noblesse n'était alors pratiquement plus qu'une question d'argent, ces promus des nouveaux temps ne formèrent pourtant jamais de véritable aristocratie. Inéluctablement, pour des raisons financières, la vieille aristocratie dut se résoudre à céder propriétés et châteaux...(La suite de l'article dans la version imprimée du magazine)

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